BAC Nord : le film est-il inspiré d’une histoire vraie ?
Publié le Par Khalil Auguste Ndiaye
Sorti en 2021, BAC Nord a déclenché une tempête médiatique et politique rare pour un film français. Derrière ses scènes d’action ultra-tendues et son réalisme brutal, beaucoup se sont demandé si ce qu’on voyait à l’écran venait vraiment du réel ou si tout avait été largement romancé.
Avec François Civil, Gilles Lellouche et Karim Leklou en flics des quartiers nord de Marseille, BAC Nord s’est imposé comme l’un des thrillers français les plus commentés de la décennie. Violent, immersif, frontal, le film de Cédric Jimenez n’a laissé personne indifférent. Mais une question revient sans cesse depuis sa sortie : est-ce que cette histoire de policiers dépassés par un système pourri est vraiment arrivée, ou est-ce juste du cinéma ?
De quoi parle BAC Nord ?

BAC Nord suit trois policiers d’une brigade anti-criminalité opérant dans les quartiers nord de Marseille. Le film les montre pris dans un engrenage infernal. Pression du chiffre, manque de moyens, zones de non-droit, et une hiérarchie qui ferme les yeux tant que les résultats tombent. Pour tenir, les flics commencent à dépasser la ligne rouge, notamment en utilisant des méthodes illégales comme la rémunération d’indics en drogue ou la mise de côté de petites quantités de stupéfiants.
Le long-métrage a cartonné au box-office et s’est retrouvé au cœur d’un énorme débat public. Certains ont salué un film coup de poing qui montre la réalité du terrain. D’autres l’ont accusé de proposer une vision biaisée, voire carrément pro-police, et de transformer une affaire judiciaire complexe en récit héroïque où les policiers seraient surtout des victimes du système.
La polémique a même dépassé le cadre du cinéma. Le film a été récupéré politiquement, notamment par des figures de la droite et de l’extrême droite, ce que Cédric Jimenez, son réalisateur, a très mal vécu. Il a d’ailleurs déclaré clairement au Parisien « Je ne vote pas à droite (…) les critiques je les accepte, mais les récupérations politiques, non« .
Alors, BAC Nord est-il vraiment inspiré d’une histoire vraie ?

Le film prend sa source dans un scandale bien réel : celui de la BAC Nord de Marseille, révélé en 2012. À l’époque, l’IGPN lance une vaste opération contre cette unité. Des dizaines de policiers sont interpellés, perquisitionnés, placés en garde à vue. Le choc est énorme. Le procureur parle alors de « gangrène« , et l’affaire fait la une de tous les médias. Au final, dix-huit policiers sont renvoyés devant la justice pour des faits comme des vols de drogue ou d’argent, la rémunération d’indics en cannabis et divers manquements déontologiques. Des sachets de cannabis sont même retrouvés cachés dans le commissariat, alimentant les soupçons de trafic et de corruption.
C’est ce terreau explosif que Cédric Jimenez a utilisé pour écrire son film. Mais il a toujours revendiqué une approche très libre. Le réalisateur a assumé d’avoir choisi un angle très précis. « J’ai choisi de faire un film du point de vue de ces trois flics. Ce que j’ai voulu raconter, c’est la façon dont des individus se sont retrouvés broyés par la machine« . Là où l’affaire réelle concerne près de trente policiers et une multitude de situations différentes, BAC Nord concentre tout sur trois personnages. Le film reprend des éléments bien présents dans le dossier judiciaire (la pression des chiffres, les indics payés en drogue, les méthodes borderline) mais il simplifie énormément la réalité pour en faire un récit plus lisible, plus émotionnel, et surtout plus spectaculaire.
Dans la vraie vie, le tribunal a parlé de « graves dysfonctionnements » au sein de la BAC Nord. En 2021, sept agents ont été relaxés, les autres condamnés à des peines relativement légères, et la majorité a pu rester dans la police. Une réalité beaucoup moins tranchée que ce que suggère la dramaturgie du film.
Khalil Auguste Ndiaye
Journaliste
Journaliste en alternance depuis 2025 chez Serieously, Khalil Auguste Ndiaye est un grand fan de nombreux animes et de films et séries de diverses époques, Si vous avez la moindre question sur l'univers d'Assassin's Creed ou de Castlevania, il pourra vous répondre ! Amateur autant de l'univers de Game of Thrones que The Boys, en passant par les films Ghibli et One Piece, Khalil est toujours curieux de découvrir de nouvelles oeuvres prenantes,