La Traversée : Florence Miailhe, « C’est possible de faire un film en peinture animée » [Interview]

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Récompensé par la Mention du Jury au dernier festival du film d’animation d’Annecy, La Traversée propose un émouvant voyage initiatique, sur fond de guerre et de crise migratoire. Une œuvre poétique et profondément singulière, réalisée avec passion par la Française Florence Miailhe. Rencontre.

Encore baignés dans la douceur de l’enfance, Kyona et son frère Adriel, se retrouvent brutalement livrés à eux-mêmes, après que leur village a été pillé et détruit. Séparés de leur famille, tous les deux prennent alors la route dans l’espoir de fuir ce pays en ruine qui désire leur mort. Perdus dans cette folle migration, ils vont devoir affronter de terribles obstacles et grandir un peu plus vite que prévu. Écrite par Marie Desplechin et Florence Miailhe, cette incroyable épopée puise sa force dans une peinture aussi vibrante que délicate, capable de vous faire voyager avec intensité.

Comment est née l’idée de La Traversée dans votre esprit ?

Nous avons essayé, avec Marie Desplechin, de mélanger plein d’histoires pour construire un récit qui parle à tout le monde. On voulait que ce soit intemporel, qu’il n’y ait pas de lieu précis, tout en faisant référence à des événements historiques et contemporains. Nous voulions un film entre le conte et le réel et il y a donc eu différentes sources d’inspiration.

J’ai d’abord pensé à mon arrière-grand-mère, qui est partie d’Odessa au moment des grandes migrations du début du XXème siècle. Elle venait d’une famille juive et elle a donc quitté son pays pour fuir les pogroms qui avaient lieu à cette période. C’est d’ailleurs une époque qui a connu de nombreux mouvements de population, que ce soit avec les Arméniens, les Grecs et bien d’autres peuples. Puis, au milieu de ça, nous avons mélangé les histoires de ma mère et de son frère, qui sont partis seuls pendant la Seconde Guerre Mondiale pour rejoindre la zone libre. Et, bien sûr, tout ce que l’on peut entendre dans l’actualité d’aujourd’hui concernant les mineurs isolés.

La Traversée film
© Gebeka Films

Comment avez-vous créé toute cette géographie et cet univers fictif ?

J’ai dessiné la carte en partant de celle de l’Europe et en l’éclatant un petit peu, avec une géographie qui allait de l’est à l’ouest, à l’image des migrations du début de XXème siècle. Et ensuite, l’idée était de jouer avec les noms des personnages, en les empruntant à diverses cultures et en les déformant légèrement, afin qu’ils ressemblent au réel, mais pas complètement non plus. Créer cet univers a d’ailleurs beaucoup amusé Marie, qui s’est alors inspirée de littérature jeunesse, à l’image des Royaumes du Nord, pour le mettre en forme.

Visuellement, ce film ne ressemble à aucun autre, puisqu’il est réalisé à la peinture. Pourquoi avoir choisi une technique d’animation aussi rare et complexe ?

C’est une technique que j’ai déjà utilisée dans mes précédents courts-métrages et c’est un peu ma marque de fabrique. Dans l’animation traditionnelle, on va dessiner à l’avance tous les dessins et ensuite, on va les filmer. Ici, l’animation est faite directement sous la caméra et chaque image est complète. Tout va ensemble, le décor et les personnages. On transforme les dessins petit à petit et, au fur et à mesure des transformations, on prend des photos. Le personnage évolue alors sur une vitre, en peinture à l’huile, et au fil de sa progression, il efface les images précédentes. Il y a donc un côté un peu risqué, car il n’y a pas, ou du moins très peu, de retour en arrière possible.

Ce que j’aime dans cette technique, c’est qu’elle permet de garder une part d’imprévu, de hasard. Cela donne une matière très vivante, très vibrante et qui, elle aussi, participe à l’histoire qu’elle raconte. La Traversée met ainsi en images les souvenirs d’une femme qui raconte ce qu’elle a vécu à quelqu’un, qui a sans doute l’âge qu’elle avait au moment de son voyage. Et, cette technique est donc parfaite pour parler de la mémoire, avec une matière qui s’efface avec le temps.

La Traversée film
© Gebeka Films

Comment avez-vous choisi les couleurs de votre film ?

Je voulais qu’elles soient très symboliques de ce que vivaient les personnages. J’ai donc fait un premier jet de couleurs sur un long ruban en fonction des différents chapitres du film et on s’est beaucoup basé là-dessus. La première partie se passe dans le monde de l’enfance, donc je voyais des couleurs assez douces. Ensuite, on était dans des tons orange, des couleurs de terre, d’ocre, lorsque les enfants sont dans des bidonvilles. On passe alors au rouge au moment où ils sont accueillis chez des gens très riches, car ils apparaissent symboliquement comme des ogres et je voulais qu’ils soient sanglants. Après ça, il y a une pause blanche et noire, puis on repart avec des couleurs vives et colorées pour le cirque, jusqu’à la fin dans les camps, où tout s’enterre un petit peu avec des nuances de gris, gris vert ou ocre.

La Traversée film
© Gebeka Films

Qu’espérez-vous que les spectateurs retiennent de La Traversée en sortant de la salle ?

Je défends beaucoup le fait de raconter un récit, qui en tant que conte n’empêche pas de parler du réel. Même si l’on est sur une forme narrative d’animation, c’est un film à part entière. Ça a beau être un monde fictif, cela n’exclut pas qu’il puisse parler de la réalité de façon très forte. J’aimerais aussi que les gens retiennent qu’il est possible de faire des longs-métrages qui restent artisanaux et artistiques. C’est possible de faire un film en peinture animée. C’est possible de faire autrement, chacun avec une façon particulière.

Et puis sur le fond, j’aimerais que les spectateurs puissent se reconnaître dans l’histoire, qu’ils puissent y trouver leur passé, celui de leurs parents, de leurs grands-parents. Ce n’est pas nouveau ces migrations, elles font partie de l’histoire de l’humanité. Ce film rassemble vraiment toutes ces épopées qui vont de Moïse à nos jours. Depuis toujours, les hommes bougent et ont besoin de bouger.

Retrouvez La Traversée au cinéma, avec les voix d’Emilie Lan Dürr, Maxime Gemin, Arthur Perreira et Axel Auriant.

Alexia Malige

Alexia Malige

Journaliste

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