Interview avec le mangaka français Victor Dermo : « Je n’avais jamais lu de manga avec des protagonistes noirs »

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Il est Français, il a 27 ans, il vient de Caen, et il est mangaka. Victor Dermo est le dessinateur et le scénariste du manga Diamond Little Boy. Cette œuvre semi-autobiographique aborde les thèmes de la délinquance et de la culture underground française. Face à la dureté de s’imposer sur la scène du manga, Victor est un exemple de détermination et une source d’inspiration pour les jeunes qui rêvent de devenir mangaka. 

Victor décrit Diamond Little Boy comme un « drame sociétal » dans lequel le rap tient une place très importante. En effet, chaque chapitre a pour titre une punchline ou un titre de rap français. Ce manga semi-autobiographique relate la vie de Victor entre ses 14 et 21 ans. Il a créé le style « street manga » à savoir un pont entre les codes du manga et ceux du hip-hop. Voici son interview pour Serieously.

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© Diamond Little Boy
Comment est né Diamond Little Boy ?
Victor Dermo : En fait j’ai toujours dessiné depuis que je suis petit avec ma grand-mère qui était peintre. J’ai aussi beaucoup consommé de mangas quand j’étais plus jeune.  C’est venue assez naturellement de vouloir raconter et dessiner des histoires.
Quel manga t’as le plus influencé ? 
Victor Dermo : J’aime beaucoup les dessinateurs Boichi, Kengo Hanazawa, Inio Asano et Takehiko Inoue. C’est vraiment les meilleurs dessinateurs de manga au monde pour moi que ça soit niveau de l’anatomie ou des décors. Ils sont pour moi des exemples et j’ai beaucoup étudié leurs travaux. Au niveau des histoires je suis un grand fan de GTOet Nana ainsi que du duo Takeshi Obata et Tsugumi Oba pour toutes leurs oeuvres (Death note, Bakuman…) En ce qui concerne la narration et le storyboard, j’ai beaucoup été influencé par Jiro Taniguchi. Enfin, pour les gens qui connaissent, la plupart du temps on définit mon manga comme le “Ushijima l’usurier de l’ombre français ». C’est une comparaison que je prends comme un compliment.
Quel a été ton déclic pour te lancer dans le manga ?
Victor Dermo : Si vous avez lu Diamond Little Boy vous savez que j’ai eu une période un peu sombre au début de l’adolescence durant laquelle j’ai véritablement plongé dans le trafic de stupéfiants et la délinquance. L’anecdote c’est qu’à cette époque, j’ai 2 amis très proches qui ont pris de grosses peines de prison (3 et 4 ans). Du coup j’ai appris plein de choses sur l’univers carcéral : les parloirs… Et j’ai surtout le souvenir que l’on s’écrivait énormément de lettres pour se donner des nouvelles et pour les divertir j’ai commencé à les dessiner dans ces lettres. Je ne sais plus trop comment c’est venue, mais un jour je leur ai dit que j’allais raconter toute notre histoire dans une bande dessinée.
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© Diamond Little Boy
Victor Dermo : A défaut de savoir rapper, j’avais toujours eu un bon coup de crayon donc ça m’a semblé être une bonne idée. Comme j’avais toujours aimé les mangas j’ai choisi ce format. De plus, je n’avais jamais lu de manga qui traite de nos sujets de société ou qui se déroule dans l’environnement dans lequel j’évoluais à l’époque, ou encore avec des protagonistes noirs, de la drogue… Les mangas français de l’époque je ne les trouvais pas spécialement bien dessinés ni bien scénarisés. Ça ne me parlait pas comme quand j’écoutais du rap et que j’avais l’impression d’entendre des artistes raconter ma propre histoire. C’est vraiment ce que j’ai voulu faire avec DLB : raconter mon histoire ainsi que celles de milliers d’autres personnes.

Mangaka, un véritable métier

J’imagine que tu as dû traverser beaucoup d’épreuves, quelle est l’anecdote de ton aventure en tant que mangaka qui t’a le plus marquée ? 
Victor Dermo : J’ai un tas d’anecdotes ! Mangaka c’est pas un métier très commun donc forcément il y a pas mal de truc à raconter. Une fois j’ai dessiné 22 heures sans m’arrêter. J’avais les yeux qui me brûlaient et mes doigts étaient très endoloris. J’ai eu une extinction de voix parce que je n’avais pas prononcé un seul mot pendant des heures… J’ai été super étonné d’apprendre que si on n’utilisait pas nos cordes vocales pendant assez longtemps ça pouvait provoquer ce genre de truc. Sinon, sortir son manga au Japon quand on est indépendant, ça aussi ça m’a étonné de me rendre compte à quel point c’était compliqué. Les Japonais sont très procéduriers, ils adorent la paperasse, j’ai compris pourquoi personne ne l’avait fait avant.
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© Diamond Little Boy
Combien de temps mets-tu à écrire un tome ? 
Victor Dermo : Pour le tome 2 environ 1500 heures de dessin sans compter l’écriture et  le storyboard. En tout ça fait environ 9-10 mois de dessins assez intenses pour 206 planches de manga.
Quelle est ton ambition avec Diamond little boy
Victor Dermo : J’aimerais créer une grosse franchise avec beaucoup de produits dérivés, avoir un pied dans la mode et dans pas mal d’autres domaines. J’aime beaucoup l’entreprenariat donc j’ai plein d’idées pour la suite !

Espères-tu te lancer dans d’autres œuvres ? 

Victor Dermo : DLB c’est une série en 5 tomes donc il m’en reste 3 à faire. Je pense que je terminerai dans environ 3, 4 ou peut-être 5 ans. Je ne suis pas hyper rapide pour sortir des tomes comme je suis en indépendant. La promo me prend beaucoup de temps, j’ai besoin de réfléchir aux stratégies de diffusion etc… Après Diamond Little Boy je ne sais pas encore si je ferai une autre série. Je pense pas repartir sur une longue série. Peut-être plus un one shot ou peut-être me diriger vers la réalisation ou l’animation je ne sais pas encore.
Un petit mot pour la fin ?
Victor Dermo : Merci beaucoup pour cette interview ! Les tomes 1 et 2 de Diamond Little Boy sont disponibles sur mon site internet www.diamondlittleboy.net. Si vous avez d’autres questions : n’hésitez pas à me suivre sur mes réseaux @victordermo.
Victor sera en dédicace au festival du jeu et de l’imaginaire qui aura lieu à la MJC du Chemin Vert à Caen de 20 heures à 6 heures du matin le 26 novembre prochain.
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© Diamond Little Boy
Flavie Piet

Flavie Piet

Journaliste anime manga

Journaliste anime et manga

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