Mare of Easttown : Kate Winslet, « J’ai dû façonner mon propre traumatisme pour comprendre et incarner le personnage » (INTERVIEW)

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Angoissante, sombre et bouleversante, la nouvelle mini-série HBO, Mare of Easttown arrive ce lundi 19 avril sur OCS. Mélange de drame et de policier, le programme de Brad Ingelsby met en scène Kate Winslet dans un rôle particulièrement fort et émouvant. L’occasion pour Serieously d’échanger avec la comédienne britannique sur cette incroyable expérience.

Dans une petite ville de Pennsylvanie, l’inspectrice Mare Sheehan (Kate Winslet) se retrouve confrontée au terrible meurtre d’une adolescente. Cette affaire d’homicide va devenir une véritable obsession pour la policière, qui va alors devoir mener de front une vie professionnelle compliquée avec une vie personnelle tout simplement chaotique. Une existence suffocante pour l’héroïne, qui va peu à peu sombrer dans les méandres obscurs de la misère humaine. Rencontre avec Kate Winslet (Titanic).

Qu’est-ce qui vous a d’abord intéressée dans Mare of Easttown ?

Ça a été très facile de dire oui au projet. Ce personnage est une véritable force de la nature, mais elle est également en train de mourir intérieurement en silence. Et ça, pour moi, c’est la juxtaposition de deux choses que je n’avais jamais rencontrées avant. Elle est tellement réelle ! C’est une mère, c’est une grand-mère et elle essaie de faire face et de jongler avec tous ces aspects de son existence alors que les habitants d’Easttown, où elle a grandi et vécu toute sa vie,  la tiennent en très haute estime et attendent énormément d’elle chaque jour. J’ai vraiment aimé m’intéresser à son angoisse, son chagrin, mais aussi à toutes ses complexités. Ca m’a plu de pouvoir lui donner ce niveau d’humanité, de lutte intérieure combinée à sa diligence au travail et à sa capacité à être à la fois repoussante et aimable, chaleureuse et irritable, dégoûtante et charmante, forte et vulnérable…

Mare of Easttown
© HBO

Est-ce un personnage qui s’est imprimé en vous ?

C’était un cauchemar de devoir jouer Mare aussi longtemps, parce qu’elle est vraiment entrée dans ma peau. J’ai eu beaucoup de mal à la laisser partir. A la fin du tournage, il m’est arrivé de contacter le réalisateur et l’auteur et de leur dire : ‘Je n’arrive pas à croire que ce soit fini’. C’était un processus tellement long ! Ce tournage qui devait durer 5 ou 6 mois s’est transformé en tournage de 15 mois en raison de la pandémie, plus 5 mois de préparation. Pendant tout ce temps, je n’ai rien tourné d’autre, donc je l’ai incarnée pendant 20 mois de ma vie. Elle est devenue une sorte d’alter ego pour moi.

Certains jours, c’était vraiment affreux et compliqué d’être elle. Et je suis sûre que ça a dû être dur pour mon mari. J’étais sincèrement horrible selon ce qui se déroulait sur le plateau (rires). C’est arrivé qu’il vienne me proposer d’aller prendre un brunch le week-end et que je lui hurle dessus parce que j’avais une scène difficile à tourner quelques jours plus tard et que je ne pouvais donc pas passer un heureux moment en famille. Heureusement, mon mari est un saint ! C’est une personne incroyable ! Pour moi, mon travail est vraiment une affaire de famille, car nous en sommes tous affectés d’une certaine manière.

C’est un premier rôle très complexe et très fort, qui aurait certainement été attribué à un homme il y a quelques années.  Est-ce qu’en tant qu’actrice, vous avez l’impression de voir un changement s’opérer dans l’écriture des rôles féminins pour le grand et petit écran ?

Je ne sais pas si c’est un rôle d’une nouvelle ère. Ce serait peut-être un peu audacieux de ma part de dire ça, mais je pense que nous sommes en train de voir la manière dont les femmes sont représentées à l’écran changer un peu. Selon moi, l’évolution est encore infime, mais je crois que ça va continuer à s’améliorer. C’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur et que je juge extrêmement important. J’ai déjà évoqué ce point à plusieurs reprises, mais je suis très concernée par la manière dont les réseaux sociaux – et je comprends qu’ils puissent être importants et très puissants pour certains – peuvent se révéler incroyablement dangereux. Je suis fondamentalement contre ces idéaux inaccessibles qui y sont développés  et qui sont plus que souvent irréalistes, avec des images retouchées d’une existence, d’un corps ou d’un visage parfait. Donc, dans les rôles que je choisis, je fais toujours bien attention à être une personne réelle et Mare est cette personne réelle.

Mare of Easttown
© HBO

D’ailleurs, vous êtes extrêmement naturelle dans Mare of Easttown. Peu ou pas de maquillage, un look plus confortable que seyant… Était-ce important pour vous de conserver cette authenticité ?

On aurait très bien pu faire une autre version du personnage. On aurait pu lui donner des cheveux soyeux chaque jour et elle aurait pu se maquiller avant d’aller au travail, mais je n’ai pas cru une seule seconde qu’elle avait le temps de faire ça, ni qu’elle avait besoin de se regarder dans le miroir. Et croyez-moi, je suis là avec vous, donc j’ai mis un peu de mascara pour avoir l’air à peu près présentable, mais je ne me regarde pas dans le miroir très souvent. J’ai d’autres choses à faire ! Et la plupart des femmes que je connais sont pareilles. En tant que mère occupée, vous emmenez vos enfants à l’école, vous faîtes à manger, vous travaillez… Qui a le temps de se faire belle avant d’aller au boulot ?

Donc, ce qui était important pour moi, c’était de bien montrer tout ça à travers ce personnage. Et je crois qu’elle permet de bien s’identifier. Elle n’a le temps de rien et c’est un personnage qui dépasse souvent les bornes, mais c’est aussi une mère et une grand-mère aimante. C’est une amie loyale et elle serait prête à tout pour protéger ceux qu’elle aime et pour moi, c’est ça une bonne personne. Donc, son apparence n’a aucune importance.

 Comment vous êtes-vous préparée pour le rôle d’inspectrice ?

J’ai énormément travaillé avec une sergente-détective du comté de Chester en Pennsylvanie. Elle a beaucoup échangé avec moi et m’a parlé de son entrainement, de son passé et de sa vie. J’ai également rencontré un officier sous couverture, j’ai fait des rondes dans les alentours de Philadelphie à l’arrière des voitures de police avec un gilet pare-balles, j’ai reçu un entrainement de tir… En résumé, j’ai fait une version courte de l’école de police. Les officiers que j’ai côtoyés nous ont d’ailleurs aidés tout au long du tournage. Lorsque nous tournions une séquence qui impliquait un travail de police assez détaillé, ils étaient présents. Ils essayaient cependant de ne pas faire en sorte que tout soit parfait, car comme ils le disaient, c’est une série réaliste et dans la vie, tout ne se déroule pas toujours comme prévu.

Mare of Easttown
© HBO

Mare of Easttown aborde également la maladie mentale sous plusieurs aspects. Comment avez-vous appréhendé cette partie de la série ?

J’ai fait des recherches à différents niveaux. Pour commencer, j’ai travaillé avec des psychologues spécialisés dans le deuil. J’ai également passé beaucoup de temps avec des personnes qui ont perdu leur enfant ou un proche par le suicide, mais également avec des personnes qui ont souffert de maladie mentale. J’ai fait des recherches de mon côté également, afin de comprendre les traitements et ce que ça peut impliquer d’avoir un enfant qui souffre de ce genre de problème.

Qu’avez-vous amené de votre propre expérience dans votre personnage ?

Pour moi, la relation mère-fils est vraiment le point d’ancrage de Mare dans la série. Elle respire, mais elle doit justifier chaque bouffée d’oxygène qu’elle prend, car la culpabilité qu’elle ressent la ronge terriblement. Toutes les mères ressentent une forme de culpabilité au sujet de leurs enfants. Je n’ai pas envie de m’étendre sur ce qui m’a aidée, mais je dirais simplement que j’ai dû me façonner un vrai traumatisme pour comprendre et incarner le personnage. Je n’étais même pas capable de regarder Cody Kostro, l’acteur qui joue Kevin (son fils dans la série ndlr), dans les yeux. Lorsqu’il arrivait sur le plateau, je changeais de pièce.

C’est devenu tellement réel et brutal pour moi, à cause de la culpabilité que ressent Mare chaque jour pour la façon dont elle a élevé son fils, pour toutes ces choses qu’elle aurait pu faire différemment et qui ont conduit à ce qui lui est arrivé. Elle s’en veut pour tout ça et c’est vraiment très dur. J’ai donc créé ce traumatisme dans mon esprit et même pour moi, c’est devenu alarmant de voir à quel point j’ai imaginé et à quel point ça m’est resté. Je connais des gens qui ont traversé ce genre d’épreuve et j’ai passé du temps avec eux, alors j’ai absorbé toutes leurs angoisses et inventé mes propres démons. Je ne sais pas si j’ai réussi à transmettre dans la série ce que j’ai pu ressentir, mais ça devrait sembler aussi fragile que terrible.

Retrouvez Mare of Easttown à partir du 19 avril sur OCS, disponible avec CANAL+.

 

Alexia Malige

Alexia Malige

Journaliste

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