Les Sauvages (CANAL+), Marina Foïs : « La série est la promesse d’un casting nouveau » (Interview)

23 septembre 2019 - 17h45

Les Sauvages, c’est la nouvelle création originale CANAL+ réalisée par Rebecca Zlotowski et scénarisée par Sabri Louatah adaptée de son livre. Un récit époustouflant et nécessaire qu’évoquent les acteurs de la série, Marina Foïs, Dali Benssalah et Sofiane Zermani. Sur CANAL+ dès le 23 septembre.

 

Les Sauvages, nouvelle création originale CANAL+ s’attaque à l’ouvrage éponyme de Sabri Louatah. On suit la trajectoire d’Idder Chaouch (Roshdy Zem), élu président et dont le projet anime la France. Victime d’un tireur le jour de son élection, tout va se bouleverser autour : de sa femme à sa fille en passant par son compagnon Fouad, acteur à succès ou encore son frère, le très obscur Nazir. Sans oublier Marion, incarnée par Marina Foïs en charge de la protection du président…

Les Sauvages est une exploration fascinante en série de notre monde politique et social en France. Son casting, exceptionnel porté entre autres par : Marina Foïs à Roshdy Zem en passant par Dali Benssalah ou encore Sofiane Zermani (a.k.a Fianso) ou encore Amira Casar, Souheila Yacoub et Shaïn Boumedine. Rencontres en table ronde avec Marina Foïs, Dali Benssalah et Sofiane Zermani.

Qu’avez-vous ressenti la première fois que vous avez lu le script de la série ?

Marina Foïs : J’étais fortement intéressée par le sujet et l’idée que Rebecca Zlotowski le réalise. Mais j’avoue que le sujet, l’idée de parler de la France d’aujourd’hui avec un vocabulaire qui me semble nouveau, qui m’a intéressée et je me sens parfois une responsabilité d’actrice, le plaisir de raconter le monde dans lequel on vit. Tout ce qui leur raconte d’un point de vue différent, qui peut déplacer la pensée commune et les réflexes de pensée m’intéresse, et il me semble que c’est ce que propose ce projet.

Très franchement, je n’ai pas accepté pour le personnage. C’est le sujet, la promesse d’un casting nouveau, on se doute que ce sera romanesque, incarné, ce sera par des acteurs qu’on va découvrir. Il n’y a pas de rôle pour Vincent Lindon (rires) !

Sofiane Zermani : J’ai été très rapidement emballé, très vite. L’humain, le feeling avec Rebecca, la manière d’amener le projet, le pitch et le propos qui est tentant. Ça nous tentait de nous frotter à ce propos avec nos mots et nos manières. Un champ d’action avec les équipes de réalisation assez large. Même moi qui suis nouveau là-dedans, j’avais des choses à amener, à proposer… J’y allais et je me ridiculisais pas, je tentais, et on y allait, on tentait des trucs.

Dali Benssalah : Cela paraissait surréaliste, il n’y avait que le pilote et les quelques lignes issues du roman, mais je n’avais pas lu le roman à ce moment-là. Cette histoire surréaliste, on aimerait que ça arrive mais on sait que ce sera pas demain – quoiqu’il ne faut jamais dire jamais-… Il y a ces familles qui entourent les personnages, issues de l’immigration maghrébine et des profils divers et variés, j’étais très emballé et il n’y avait pas ce côté discrimination positive.

On hésite quand on est au début de sa carrière à se lancer dans un rôle aussi marquant que le vôtre ?

Sofiane Zermani : Alors oui, mais en même temps j’estime, que je dois me mettre à leur service et pas l’inverse. Je me suis pas posé la question stratégiquement : « alors dans ma carrière, est-ce QUE CE personnage va me coller », me servir, me desservir… Pas de calcul. Surtout une rencontre avec Nazir, ce que je pouvais apporter, comment l’humaniser, car sur le papier il était froid, fourbe, on m’a permis d’ajouter ma touche à ce personnage. Le bateau était trop beau pour que je reste à quai !

Vous jouez Dali et Sofiane deux frères, comment vous êtes vous préparés pour jouer ces scènes, vous êtes vous isolés, pour créer cette dynamique ?

Dali Benssalah : On s’est battu, j’ai encore des séquelles ! (rires)

Sofiane Zermani : On s’est rapprochés très vite lui et moi, on s’appelle souvent, on passe beaucoup de temps ensemble. On a fait des concerts, il est venu me voir au théâtre. Pareil pour le reste de l’équipe.

Avez-vous recréé cette dynamique de famille ?

Sofiane Zermani : En réalité, Nazir et Fouad auraient pu être Sofiane et Dali (rires), le côté du scénario qui puise dans ta vie personnelle, qui te renvoie à tes propres choses, avec celle qui joue ma mère Farida par exemple, cela a été un rapport fort immédiatement. Tous nos sentiments familiaux ont été chamboulés, on a eu une transposition avec la vie réelle. Il y a plein d’amour.

Il y a une scène bouleversante dans la voiture…

Sofiane Zermani : C’est pour moi la scène la plus marquante du tournage, elle a été un peu raccourcie mais elle a été la plus forte. On est sur le choc des deux frères qui percent un abcès et affrontent leurs démons. Dali, pleure, la scène dure longtemps, je m’en rappelle, lorsque l’on a coupé, on ne s’est pas arrêté, c’est celle qui m’a le plus marqué. C’était un moment que j’oublierai jamais.

Marina, par rapport à votre rôle, vous êtes l’outsider ?

Marina Foïs : Ah oui je suis seule comme un rat, toute seule dans ma voiture (rires). Quand j’ai lu la série et que le sujet me plaisait, j’ai dit à Rebecca Zlotowski : « laisse-moi réfléchir deux jours car je vais être très seule », et je déteste jouer seule, je me fais chier. C’était la contrainte du personnage, mais le sujet était plus fort que ma crainte. Sur le tournage, j’étais très intégrée j’étais dans un groupe Instagram ! Je suis la seule qui suis devenue Nerrouche, j’étais hyper flattée. (rires)

Votre personnage est celui qui se sent le plus coupable ? Elle qui doit protéger le président (Roshdy Zem) et qui faillit à sa mission… Votre personnage tient une distance face au politique au départ.

Marina Foïs : Rebecca Zlotowski expliquait que ce personnage racontait la perte du cynisme à travers mon personnage qui au départ ne vote pas, travaille sans y mettre d’arrière-pensées, sans pensée politique, une distance avec le politique le « ça changera rien »… Un cynisme assez désespérant et cette histoire va la réconcilier avec le politique. Ça raconte pour moi la nécessité de croire. En se disant « tous pareils », « rien ne change pas », cela rend la vie très aride. La série ne parle pas que d’un président qui est algérien d’origine, c’est surtout un mec qui porte un discours, qui est passionné par la France. Il croit en son projet et il en a un. Il n’est pas du tout cynique, la série parle de cela aussi. Elle interroge notre cynisme.

Sofiane Zermani : Pour donner mon avis sur le personnage de Roshdy Zem, le discours qu’il tient, les principes sur lesquels on l’attrape, le fait qu’il soit d’origine nord-africaine ou qu’il soit musulman, est-ce que ça passerait pas au second plan voire au troisième plan ? C’est important de voir les gens issus de l’immigration qui sont juste passionnés par ce pays, c’est la réalité, c’est vrai. C’est bien qu’on le voit.

Propos recueillis en table ronde par Hannah Benayoun

 

 

 

Hannah Benayoun
Journaliste
hannah@serieously.com

Je suis la fille spirituelle de Leslie Knope (Parks and Recreation) & Thomas Shelby (Peaky Blinders).
En ce moment, mon Snack&Chill idéal c'est Bo Bun légumes devant Friends.
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