Orange is the New Black, Jackie Cruz (Flaca) : « La série nous a donné une voix »

Publié le 25 juillet 2018 - 15h30

À l’occasion de l’arrivée de la saison 6 d’Orange is The New Black le 27 juillet sur Netflix, Serieously a pu rencontrer lors de tables rondes organisées à Berlin trois des actrices de la série, les exceptionnelles Danielle Brooks (Taystee), Natasha Lyonne (Nicky) et Jackie Cruz (Flaca). Place à cette dernière pour Serieously.

Comment s’intègre Flaca dans la nouvelle prison de la saison 6 d’Orange is The New Black ?

C’est être comme une nouvelle personne dans un lycée… C’est difficile de se sentir acceptée. Depuis le début, Flaca ne se montre pas comme elle est vraiment. Elle pose cet eyeliner sur ses yeux avec cette petite larme en dessous pour prouver qu’elle est une dure, mais elle se révèle comme une personne très douce avec un bon cœur. La saison 5 a été un peu légère pour elle mais elle continue dans cette nouvelle saison de se montrer ambitieuse, forte.

Bien entendu, la série met en lumière de très sérieuses problématiques mais Flaca apporte ce relief comique à la série, comment vous préparez-vous pour un rôle qui demande de jongler entre les deux aspects ?

Je suis d’un naturel loufoque à peu près tout le temps, j’aime faire rire les gens, cela me vient naturellement. Cependant la comédie en elle-même est difficile, arriver à dire les mots pour provoquer le rire chez les autres, c’est très dur. Je pense tout simplement que les auteurs me connaissent d’abord en tant que personne. Ils mettent un peu de nous dans les personnages, car comme Flaca je travaille aussi dans la musique par exemple. J’aime aussi incarner ce personnage qui va tirer les autres hors de quelque chose d’aussi sérieux. Par exemple, quelqu’un va dire quelque chose de stupide à un enterrement et vous allez rire… Il y aura toujours une part de drôlerie partout où vous irez, que ce soit en prison, à l’hôpital ou même votre lit de mort ! Cette série est à propos de la vraie vie. L’excentricité permet à Flaca de rendre son petit monde un peu moins déprimant…

Pensez-vous qu’il y a une limite à ne pas dépasser parfois ?

Je pense que nous avons dépassé toutes les limites ! (rires) Flaca avait quand même un show YouTube en prison…

Cette nouvelle prison nous révèle de nouveaux personnages. Après avoir travaillé six années avec les mêmes actrices qui sont aussi vos amies, comment s’est passée la rencontre avec les nouvelles actrices, vous êtes-vous liées aussi avec elle ?

Nous n’avons pas vraiment passé du temps ensemble au final avec le nouveau casting. C’est différent lorsque vous avez travaillé avec les mêmes personnes pendant six ans, c’est difficile de se détacher de sa bande pour se faire d’autres amis. C’était cependant très cool de pouvoir rencontrer ces actrices et partager leur expérience car elles étaient sûrement déjà fans de la série pour la plupart. J’adore travailler avec de nouvelles personnes et ce show est une bénédiction pour ça.

Parmi toutes ces saisons de la série, quelle était la situation la plus compliquée à jouer ?

Il y en avait deux. Le season final de la saison 5 avec la séparation, cela a été très dur comme expérience et j’affrontais moi-même des difficultés sur le plan personnel. L’histoire personnelle de Flaca sur son arrestation était aussi compliqué à jouer.

Flaca se montre vraiment très forte dans cette nouvelle saison, qu’est-ce que vous préférez profondément dans votre personnage ?

Elle est mon alter-ego, je deviens Flaca quand je bois un peu trop ! Je crie des : « What did you say ?! » (elle imite son personnage, ndlr). Elle m’a aidé à devenir plus confiante, car elle dit des choses qui lui passent par l’esprit, des choses que je ne dirais pas moi-même. Je réfléchis trop aux émotions des gens, je suis sensible moi-même et j’étais la personne qui n’était vraiment pas la plus cool à l’école et qui avait beaucoup de mal à se faire des amis. C’était vraiment génial de jouer la fille populaire du lycée car je ne l’ai jamais été. J’ai grandi avec Flaca et ce show m’a ouvert à tant de choses. Je voudrais être comme elle dans le sens où je pourrais m’exprimer de manière un peu plus ouvertement et sans me soucier de ce que les gens pensent de moi. Flaca s’en fiche, et je veux m’en moquer aussi.

Qu’avez-vous appris sur l’amitié entre femmes grâce à Orange is The New Black ?

Nous sommes comme de vraies sœurs. Natasha (Lyonne) nous disait : « mon succès est ton succès », c’est merveilleux de connaître un casting qui vous supporte et vous soutient. Nous n’avons pas beaucoup de tout cela à Hollywood pour être honnête. Il n’y a pas de place pour vous ? Créez votre propre espace. Il faut se soutenir et ne pas être en compétition, il y a des places pour nous toutes. Natasha par exemple a son propre show, elle est auteure, productrice, réalisatrice. Nous apprenons des unes des autres sans compétition, je sais que vais les appeler lorsque j’embaucherai un jour.

Vous êtes une figure de la communauté hispanique dans l’Amérique de Trump, qu’est-ce que cela signifie de jouer ce rôle si fort, parler espagnol dans une série ?

C’est très important. Nous nous disions toutes il n’y a pas longtemps que la meilleure chose que Orange is The new Black nous ait donnée est une voix, car nous parlons de gens qui pensent être invisibles. Nous parlons de la maltraitance et l’injustice qui règnent en prison de nos jours, qui ressemble plutôt à de l’esclavage. Je parle avec une personne en ce moment, nous nous écrivons et je vois exactement ce qui se passe là-bas. Je vois que depuis que Trump a été élu, les racistes sont de sortie. Dans le train à New-York, ce n’est plus la même chose qu’avant, c’est glaçant. Nous sommes divisés, en conflit et c’est ce qu’il veut pour mieux régner sur nous. Nous avons besoin d’être ensemble comme des êtres humains, car ce qu’il se passe notamment avec les séparations d’enfants, ce n’est plus possible. Je travaille actuellement avec Carmen Perez, une activiste, pilier de la Women’s March, elle est l’une de mes mentors, j’avais peur d’utiliser ma voix auparavant, notamment à cause des trolls sur internet. J’ai pensé qu’il était important pour moi de ne pas craindre d’utiliser ma voix, je poste des choses et si vous n’aimez pas ce que je dis, unfollow. Je vais continuer de me battre pour ma communauté car ce qui se passe actuellement ne me convient pas. Je pense qu’il est très important pour moi d’utiliser ma voix, je continue de dire que je suis heureuse que cette série nous en ait donnée une pour combattre toutes sortes d’injustice et nous allons continuer.

 

Journaliste
hannah@serieously.com

Je suis la fille spirituelle de Leslie Knope (Parks and Recreation) & Thomas Shelby (Peaky Blinders).
En ce moment, mon Snack&Chill idéal c'est Bo Bun légumes devant Friends.
Hannah Benayoun on Email