The Handmaid’s Tale : l’incontournable série féministe arrive sur OCS

Il est impossible de ne pas avoir entendu parler de « The Handmaid’s Tale », série disponible via la plateforme Hulu et diffusée sur OCS dès le 27 juin 2017. Le show rapidement érigé en chef-d’œuvre pousse le patriarcat à son extrême décrivant une ère où les femmes perdent leur statut de citoyennes pour relever le taux de natalité. Une série aussi glaçante que fascinante. Décryptage.

Perturbante, oppressante, puissante sont autant d’adjectif qui peuvent décrire The Handmaid’s Tale  (alias « La servante écarlate »). Plantons le décor. Alors que la natalité est en forte baisse, des hommes de pouvoir décident de créer la nouvelle République de Gilead. Celle-ci implique que les femmes « accomplissent leur destinée première » (comme on peut l’entendre dans la série). Tandis que ces dernières perdent leurs droits de citoyennes, trois catégories de femmes émergent : les Épouses (maîtresses de maison, souvent femmes des grands dirigeants), les Marthas (chargées des tâches ménagères), les plus fertiles, elles, deviennent les Servantes et ne sont dédiées qu’à la reproduction.

Dans cette nouvelle ère, le viol est la norme et la femme n’a pour seul intérêt son corps et son appareil génital. Les spectateurs sont plongés dans cet univers cauchemardesque à travers les yeux de June qui, du jour au lendemain, perd tout et est séparée de son mari et de sa fille. Elle devient alors « Offred » (comprendre « Of Fred », soit « Possession de Fred », du nom du commandant qu’elle sert). Le spectateur oscille entre passé et présent, entre l’avant et l’après, découvrant les engrenages de cette nouvelle société.

 

Le show porté par une Elisabeth Moss (June) sensationnelle, une réalisation qui joue de profondeurs de champs qui résulte en plans presque suffocants, une B.O. incroyable, des dialogues puissants et un jeu d’actrices et acteurs impeccable, s’annonce comme LA série de 2017.

Trigger Warning : personne anxieuse et hypersensible, s’abstenir.

Une œuvre très actuelle

La série a beau être adaptée du livre de science-fiction de Margaret Atwood, oeuvre au nom éponyme, écrit en 1985, force est de constater qu’en 2017 elle est plus que jamais d’actualité. Alors que de nombreux pays font face à la montée des extrêmes politiques, il semble que le sort des femmes et leurs droits soient toujours en danger. A l’heure où un droit aussi fondamental que l’avortement est remis en cause en Europe (et ailleurs) et que la culture du viol continue de sévir, il est impossible de ne pas penser à la célèbre citation de Simone de Beauvoir : «N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant». Une citation qui colle parfaitement à la série.

 

Chaque épisode est plus sombre que le précédent dans The Handmaid’s Tale et il est bien difficile de rester de marbre alors que le statut des femmes est un peu plus malmené. C’est peu à peu et insidieusement qu’il se délite. Les femmes perdent ainsi leur droit de travailler, puis de posséder un compte bancaire, d’être propriétaire, de conduire, puis perdent tout simplement leur identité. Un sujet notamment abordé dans l’épisode 6, véritable tournant dans l’histoire qui apporte un éclairage nouveau sur la création de la nouvelle République de Gilead. D’un autre côté toute la population, hommes et femmes confondus, est réprimée et perd le droit de manifester et de se rebeller contre le nouveau régime mis en place.

 

Une dystopie sur fond de dictature qui met vos nerfs à mal et laisse à réfléchir. Le procédé n’est d’ailleurs pas nouveau et continue de fasciner. La dystopie déjà utilisée dans la littérature (1984 de George Orwell, Le Meilleur des Mondes  d’Huxley, pour ne citer que les œuvres fondatrices du genre) et le cinéma (The Hunger Games qui joue sur les deux tableaux, V pour Vendetta, Mad Max…) a maintes fois prouvée son efficacité : faire réfléchir et remettre en questions le fonctionnement de notre monde, de nos sociétés, en se basant sur nos pires peurs.

Une série féministe

The Handmaid’s Tale est indéniablement une série féministe, cela même si la trame principale ne l’est pas. Si dans cette dystopie les hommes dominent, ce sont les rapports entre les femmes qui sont minutieusement disséqués. La série oscille entre messages encourageants d’une solidarité qui se crée entre certaines Servantes, mais révèle également que la nouvelle République de Gilead ne s’est pas crée sans certaines femmes. Dans l’épisode 6, cité plus haut, ce sujet est particulièrement décortiqué et l’on découvre que les femmes sont et restent les plus grandes ennemies des femmes. Entre celles qui acceptent leur sort sans rechigner et les femmes de dirigeants qui suivent aveuglément leurs maris, la série fait écho à la complexité actuelle du féminisme. Un mouvement dont le nom a encore tendance à en effrayer plus d’un(e). En critique sous-jacente on trouve également celle de la montée de ces femmes de pouvoir qui, loin d’avoir un regard bienveillant sur les autres femmes, défendent une vision ultra-conservatrice et culpabilisante.

 

Il faut noter également que durant longtemps, rares ont été les représentations de complicité féminine sincère dans les séries, le cinéma ou encore la littérature. Il est courant dans nos sociétés d’encourager les femmes à se comparer entre elles, les différents arts ont mis du temps à montrer des amitiés fortes, sans jalousies ni rivalités, de personnages féminins. « The Handmaid’s Tale » se démarque en cela, car dans un contexte d’une telle violence, elles n’ont d’autres choix que d’être soudées, il en va de leur survie. La série dépeint alors un tableau amer, oscillant entre deux types de comportement des femmes entre elles : la solidarité mais aussi la cruauté. Stigmates d’un patriarcat bien implanté. Un sujet aussi abordé, dans un autre cadre dans « Orange is the new black ».

 

La lutte LGBT+ attenante aux féminismes est tout aussi malmenée. Autant vous dire qu’à l’ère de la nouvelle République de Gilead il n’est pas bon d’être une femme homosexuelle, transgenre ou même une femme de couleurs. Si, en plus de cela, ces femmes sont moins fertiles et/ou tentent de se rebeller, elles n’ont pas de raison d’être et certaines sont cantonnées à la prostitution.

Plus généralement, The Handmaid’s Taledécortique un réflexe tout à fait humain, celui du « chacun pour soi » même en des temps aussi sombres que ceux montrés par la série. Tout comme de nombreuses séries SF post-apocalyptique, comme The Walking Dead, c’est l’aspect sociologique qui est plus ou moins étudié et qui pose la question du : comment réagirions-nous dans cette situation et quelle place donnerions nous à la solidarité ? Autant de détails et d’ingrédients qui rendent  The Handmaid’s Tale une série incontournable et résolument intéressante.

La saison 1 composée de 10 épisodes laissera d’ailleurs la place à une seconde saison. Autant dire que l’on a pas fini de grincer des dents mais aussi de faire fonctionner nos neurones.

 

Héloïse Famié-Galtier

 

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Aurelia Baranes
Directrice de publication
Fille spirituelle de JD de Scrubs et Jess de New Girl.
Let Them Binge parfait : South Park avec toute la bouffe italienne du monde (enfin, la végé) et mes bestas
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