Bodyguard, Jed Mercurio : « Nous discutons d’une saison 2 » (INTERVIEW)

6 février 2019 - 13h56

Bodyguard est la série de tous les succès. Après avoir explosé des records d’audience en Grande-Bretagne, le reste du monde a été conquis par le parcours de David Budd (Richard Madden), ancien soldat reconverti en garde du corps d’une membre du gouvernement britannique, Julia Montague.

 

Ce thriller politique haletant a permis à l’interprète de Robb Stark dans Game of Thrones de revenir sur le devant de la scène avec un rôle à sa mesure puisque Richard Madden a déjà raflé plusieurs prix pour son interprétation de David Budd dans Bodyguard.

Golden Globes, Critic’s Choice Awards, la série a connu un véritable triomphe. Serieously a pu poser quelques questions à Jed Mercurio, showrunner et créateur de la série lors de l’événement Spotlight on the British Series par Série Series Hors les Murs à Paris. Rencontre.

Bodyguard a été un véritable triomphe en Grande-Bretagne, a rassemblé des millions de spectateurs et détient un vrai record d’attention. Comment digérez-vous cet énorme succès ?

Jed Mercurio : On est vraiment excités par ce triomphe, c’est juste tellement enthousiasmant de voir que le public a répondu présent pour cette série. Tellement de gens ont travaillé sur ce show et la seule chose que vous avez à faire lorsque vous travaillez sur une telle série, c’est de rendre le meilleur travail possible, vous n’avez aucune idée de comment la série va être perçue, donc vraiment, nous étions parfaitement touchés par cet accueil.

Votre carrière est très atypique, vous avez été dans la Royal Air Force, travaillé en hôpital après vos études de médecine… Comment l’écriture de séries est venue à vous ?

J.M. : Je n’ai jamais eu CE moment où je me suis dit que je devais devenir un auteur, je me suis tourné vers cette activité un peu par accident. J’ai commencé en tant que consultant sur une série médicale et par la suite, je me suis retrouvé à écrire pour elle. C’était un hobby, je ne pensais pas que cela changerait ma propre carrière médicale et en réalité c’est arrivé. J’ai fait une pause dans la médecine et je me suis concentré sur la production des séries et les choses se sont enchaînées.

Que regardiez-vous à cette époque ? Quelles étaient vos influences ?

J.M. : C’est une question difficile ! Je faisais une série médicale à cette époque et ce que je regardais m’influençait d’une très mauvaise manière pour la simple et bonne raison qu’il y avait beaucoup de séries médicales à succès en Angleterre qui – à mon avis – dessinaient un portrait assez inauthentique de la vie dans nos services de santé à cette époque. Je ressentais une certaine frustration par rapport à cela car je travaillais à l’époque dans ces services et j’avais le sentiment que le public pouvait être trompé par ce qu’il voyait dans ces séries. J’ai alors fait le choix d’être révisionniste et de montrer quelque chose de plus authentique.

Par quoi se traduisait ce manque d’authenticité selon vous ?

J.M. : Ils faisaient des choix faciles, clichés sur la vie médicale, qui semblaient provenir d’une autre époque. Je pensais qu’il était bénéfique et profitable de faire quelque chose inspiré d’une première expérience plutôt.

Revenons à Bodyguard. C’est un savant cocktail de réalisme et de très grand spectacle. Au milieu, David Budd, votre protagoniste… Comment avez-vous eu le déclic pour cette histoire et votre personnage central ?

J.M. : Tout d’abord, cette histoire est totalement fictive. Le point de départ était de parler de politique et de créer un thriller politique et au-delà de tout cela, il fallait trouver un moyen d’y y intégrer des diplomates, des politiques très hauts placés en Grande-Bretagne. Nous nous sommes ensuite posé la question de la place de la police dans cette histoire et la figure du garde du corps est apparue. C’était une véritable série d’étapes de création pour enfin atteindre un concept de série.

Concernant le personnage, c’est un processus assez naturel. Je ne pense jamais à un personnage isolé, je pense à l’histoire aussi et comment ces deux éléments vont interagir. Il me faut le bon personnage pour la bonne histoire.

La série est effectivement réaliste, on peut croire à un tel parcours. Le thriller politique demande de la précision et on voit que vous y avez apporté énormément de minutie. Qu’est-ce qui vous motivait à vous attaquer à un tel morceau qu’est la série politique ?

J.M. : En réalité, cela fait très longtemps que la Grande-Bretagne n’a pas réalisé de séries sur le sujet. On peut parler de State of Play, il y a 16 ans environ. C’était un terreau fertile pour les séries télévisées dramatiques, et c’était vraiment le point de départ avec la volonté d’intégrer la police dans notre série car c’était encore inexploré dans le paysage des séries britanniques.

La Grande-Bretagne vit une période d’incertitude assez forte à l’heure actuelle, est-ce que cela vous inspire une autre histoire ?

J.M. : Je n’ai certainement pas envie d’écrire sur le Brexit [rires] ! Mais je crois qu’il est très difficile d’être trop thématique dans la série politique, car nous vivons dans un monde qui change tellement vite et qu’il faut au minimum deux ans pour créer une série. Le danger serait de vous embarquer au beau milieu d’une thématique trop pointue et au moment où vous achevez la série, la thématique est déjà périmée…

Votre autre série Line of Duty qui en est à sa 5ème saison cette année vous tient très occupé à l’heure actuelle, mais gardez-vous Bodyguard en tête ? Êtes-vous à un stade de réflexion où vous imaginez la suite de la série, un nouveau casting ?

J.M. : Nous discutons d’une seconde saison, mais nous sommes à un stade encore très précoce de cette réflexion et nous n’avons rien confirmé pour l’instant. C’est lorsque nous développerons ces réflexions et discussions que je recommencerai à me concentrer sur la série. Pour le moment, je suis très occupé avec la post-production de Line of Duty.

Concernant les acteurs, tout dépendra des discussions : « qui sera dedans ? « , « qui souhaite être dedans ? « , tout cela déterminera évidemment les prochaines étapes.

Craignez-vous que l’énorme succès de Bodyguard impacte votre écriture ou devienne un certain fardeau ?

J.M. : Je dirais que c’est un beau problème à gérer (rires) ! Nous sommes tous tellement ravis et cela augmente le niveau d’attente pour une deuxième saison alors je crois que nous devrons réfléchir à la construction d’une saison 2 avec beaucoup de vigilance.

Que regardez-vous comme séries, qu’est-ce qui vous inspire ou tout simplement, vous divertit ?

J.M. : À l’heure actuelle, j’ai commencé à me plonger dans Homecoming [la série avec Julia Roberts, diffusée sur Amazon Prime, ndlr] que je trouve fantastique, on peut dire que je suis complètement dedans. Mais je regarde surtout le sport à la télé [rires] ! Les Six Nations vont commencer et on compte battre la France… J’essaie de visionner un maximum de choses pour me tenir au courant de ce qui se fait dans l’industrie et de temps en temps, je suis accro à une certaine chose et j’en suis même impressionné.

Propos recueillis lors de Série Séries Hors les Murs : « Spotlight on British Series »

 

 

Hannah Benayoun
Journaliste
hannah@serieously.com

Je suis la fille spirituelle de Leslie Knope (Parks and Recreation) & Thomas Shelby (Peaky Blinders).
En ce moment, mon Snack&Chill idéal c'est Bo Bun légumes devant Friends.
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